Ingénieur du son (balance engineer) senior chez Decca Record Co. Ltd., où il a débuté en 1968. Il a travaillé avec la plupart des autres grands labels, en particulier EMI Classics, et est crédité sur plus de 1 000 disques. Il enseigne à l’Abbey Road Institute et au cursus Tonmeister de l’University of Surrey.
Interview
John, comment définiriez-vous votre métier ?
Mon métier consiste à reproduire la musique de la meilleure façon possible. C’est ce qu’on m’a enseigné quand j’ai débuté dans ce milieu, chez DECCA, à la fin des années 1960. Si l’on veut le meilleur résultat possible, il faut être attentif à chaque étape du processus. La moitié de ce travail consiste à faire en sorte que les musiciens vous fassent confiance et se sentent à l’aise, le reste dépend de vous et du matériel dont vous disposez, et bien sûr du choix du lieu. Autrefois, je réalisais moi-même la plupart de mes masters de post-production. Je suivais le processus complet, de la mise en place de la séance d’enregistrement jusqu’au produit final. À cet égard, je suis assez atypique. J’ai travaillé à des horaires décalés depuis mes 18 ans, et cela ne me manque pas. Mais la semaine prochaine, à Abbey Road, dans le Studio 2, je serai là à 7 h 30 du matin pour préparer le début de la séance de 10 heures. À mon âge, je ne devrais pas faire cela, mais je tiens encore à m’assurer que la préparation est là, pour que, lorsque les artistes arrivent, ils sachent que nous sommes fin prêts.
Il est intéressant de constater que de nombreux artistes flairent quand quelque chose n’est pas totalement prêt. Ils peuvent, par nature, être peu sûrs d’eux, car ils livrent tout d’eux-mêmes au public. Il faut donc leur donner un sentiment d’attention encore plus grand. La meilleure description du travail de l’ingénieur du son se résume ainsi : une sage-femme musicale. Nous aidons à la naissance, mais nous ne sortons pas les secrets de la salle d’accouchement. L’acte créatif est quelque chose qui se joue entre l’artiste et ceux qui aident à créer. Je n’ai pas de genre que j’aime particulièrement plus que tout. Du moment qu’il s’agit de bonne musique, c’est ce qui compte le plus pour moi.
Quand on parle de transparence sonore, on peut facilement perdre son auditoire,
jusqu’à ce qu’on lui fasse entendre à quoi cette transparence devrait ressembler.
Quelle attention portez-vous à la qualité sonore ?
Je suis consultant pour les enceintes B&W depuis 1979, année où la 801 d’origine a été présentée. J’ai désormais chez moi les toutes dernières 801D4, dont j’ai pris livraison le mois dernier, alimentées par des amplificateurs mono-blocs Meridian, un système d’écoute très transparent.
Nous avons déjà éduqué toute une génération de jeunes auditeurs à penser que le MPEG-3, etc., c’est bien. Une partie de mon travail consiste à leur montrer à quoi peut ressembler une transmission sonore de haute qualité correctement non compressée. Il est très facile de se laisser attirer par un sentiment de sécurité audio confortable, en écoutant de la musique compressée et traitée, en particulier sur certains canaux de streaming. On oublie ainsi à quel point une musique non compressée peut être réelle et viscérale. Quand on parle de transparence sonore, on peut facilement perdre son auditoire, jusqu’à ce qu’on lui fasse entendre à quoi cette transparence devrait ressembler.
Depuis combien de temps utilisez-vous Audirvāna ? Qu’avez-vous pensé en le découvrant ?
J’ai commencé à utiliser Audirvāna en 2013, je crois qu’il s’agissait de la toute première version. J’ai examiné de nombreux autres systèmes à l’époque, et depuis. Je trouve qu’avec Audirvāna, on est à la fois précis et transparent, sans avoir de palette sonore marquée. Autrement dit, il ne se met pas en avant en disant « voici ma couleur particulière de qualité audio ». Toutes les mises à jour successives ont amélioré cette qualité incroyablement importante.
Comment jugez-vous l’écoute depuis votre ordinateur avec Audirvāna par rapport à d’autres équipements ?
À la maison, j’utiliserais surtout un très bon lecteur CD. Mais évidemment, pour mon travail à l’Abbey Road Institute et à l’University of Surrey, il est bien plus simple de faire des rips précis de CD sur un disque séparé, puis de les lire via Audirvāna. Cela m’évite de trimballer des tonnes de CD.
En parlez-vous autour de vous ?
Je dis à mes étudiants à partir de quoi je joue réellement, et c’est à eux de se faire un jugement. Parce qu’ils doivent apprendre à porter ces jugements de valeur, comme nous l’avons tous appris. La chose la plus difficile à enseigner, à n’importe quel étudiant, quel que soit son âge, c’est la capacité d’écouter de manière critique. Être capable de démêler les fils du son pour distinguer ce qui est bon, ce qui ne l’est pas, et pourquoi. C’est au fond la confiance nécessaire pour croire en son propre jugement. Quand on y pense, c’est exactement la même chose que d’être un bon ingénieur du son : il faut être capable de faire confiance à son jugement et de transmettre cela à l’artiste.
Quelles sont vos passions en dehors de la musique ?
Je n’ai pas le temps ! Et je suis sûr que Damien dirait exactement la même chose. On l’a souvent décrit ainsi ; si l’on parle de ma carrière, j’ai consacré ma vie à la musique, comme tant de gens le font.
